• A/

    <<lien vers le journal>> 2 avril 2015

    Documentaire sur France 3 et ArteDas Reich: quand Philippe Richert écrit à Rémy Pflimlin

    Le président de la Région Alsace a adressé le 31 mars un courrier au Pdg de France Télévisions. Philippe Richert revient sur la polémique suscitée en Alsace et Moselle par la diffusion, le 2 mars dernier sur France 3 (et programmé le 21 avril sur Arte) du documentaire "Une division SS en France, Das Reich", signé Michaël Prazan

    "La façon dont la présence des Alsaciens au sein de cette division est présentée a été ressentie comme particulièrement choquante, notamment lorsqu'il est fait état, de manière tout à fait erronée et à l'appui de chiffres fantaisistes, que le gros des troupes aurait été composé d'Alsaciens", écrit notamment Philippe Richer dans ce courrier que l'on peut lire ICI. "L'absence de précisions sur les conditions de l'incorporation de force des Alsaciens et le choix d'un personnage pour le moins ambigu comme seul témoin alsacien ont immanquablement fait réagir des historiens, des chercheurs et des témoins de cette période", ajoute le président de la région Alsace.

    Le 17 mars en effet, une soixantaine d'historiens, chercheurs, auteurs, incorporés de force, (les signataires sont aujourd'hui 142) avaient interpellé le ministre de la Défense, Jean-Yves le Drian, dans une lettre ouverte et estimaient que « ce documentaire (présentait) une vision erronée et offensante pour la mémoire de l'Alsace ».

    A la lettre ouverte, l'antenne nationale de France 3 avait réagi via un communiqué de presse. Reconnaissant que "l'antenne de France 3 Alsace (avait) reçu un certain nombre de courriels évoquant un film qui "dénie la réalité de l'incorporation de force" et donnerait "à penser que les Alsaciens étaient non seulement des volontaires mais d'enthousiastes SS", France 3 comprenait "l'émoi suscité" et regrettait "que ce film ait pu heurter la sensibilité de plusieurs téléspectateurs alsaciens".

    Mais, ajoutait France 3, "à aucun moment ce documentaire ne laisse entendre une pareille affirmation. Bien au contraire, le commentaire introductif dresse par le menu les conditions d'incorporation d'un Malgré-nous", en l'occurrence Elimar Schneider, aujourd'hui décédé.

    Sur la surestimation du nombre d'Alsaciens dans la Waffen SS et notamment dans la Das Reich, France 3 notait que "le chiffre cité évoquant 6000 Alsaciens versés dans la Das Reich (était) visiblement erroné. Leur nombre étant sans doute plus proche de 1000 à 2000".

    France3 terminait en indiquant que cette erreur avait été corrigée par le réalisateur et la société de production pour la prochaine diffusion le 21 avril prochain sur Arte.

    Une réponse qui ne satisfait pas l'historien Nicolas Mengus et l'auteure Marie-Laure de Cazotte. Elle "élude le fond du reproche qui a été fait et se dédouane de toute forme d'insulte à la Mémoire" des quelque 130000 incorporés de force disent-ils. "Il est absolument nécessaire d'expliquer la présence de moins de 800 Alsaciens dans la 2e division blindée Das Reich. En quelques phrases, il était possible de rappeler le contexte de l'Annexion de provinces françaises au Reich national-socialiste et celui de l'incorporation de force, un authentique crime de guerre". 

     

     A/ Des lycéens thannois enrôlés de force

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    Le 10 février 1943, en pleine guerre mondiale, pour compenser les lourdes pertes humaines sur le front de l’Est, le chancelier Adolf Hitler ordonne de muter les 120 000 artilleurs de la « Heimatflak », la défense aérienne de la patrie, dans la « Wehrmacht ». Et de les remplacer par des lycéens des classes de 6e et 7e (l’équivalent de la 2nde et de la 1re en France), âgés de 16 ou 17 ans.

    Dans ce cadre, vingt-cinq lycéens de Thann ont été enrôlés de force comme « Flakhelfer ». Huit de ces assistants artilleurs de la « Luftwaffe » vivent toujours. Ils sont les derniers témoins d’un épisode méconnu du drame des Malgré-Nous.

     


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    Mémoire
    La reconnaissance de l’Alsace à ceux qui ont aidé des Malgré-nous

    le 08/08/2013 à 05:05 Hervé de Chalendar
     
    Les premiers récipiendaires du nouveau « diplôme de reconnaissance » signé par les trois présidents  des trois grandes collectivités alsaciennes. Cette cérémonie a eu lieu le 27 juillet à Bretteville-sur-Ay, dans la Manche. Ont ainsi été récompensées des personnes (ou leurs descendants) qui ont aidé  des Malgré-nous à « s’évader » de l’armée nazie, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. DR

    Les premiers récipiendaires du nouveau « diplôme de reconnaissance » signé par les trois présidents des trois grandes collectivités alsaciennes. Cette cérémonie a eu lieu le 27 juillet à Bretteville-sur-Ay, dans la Manche. Ont ainsi été récompensées des personnes (ou leurs descendants) qui ont aidé des Malgré-nous à « s’évader » de l’armée nazie, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. DR

    À l’initiative du conseiller général Jean-Laurent Vonau, les collectivités alsaciennes ont créé un « diplôme de reconnaissance » attribué aux personnes ayant « porté aide et assistance » à des Malgré-nous. Les premières remises ont eu lieu en Normandie.

     

    « Dire merci, reconnaître, c’est important aujourd’hui, non ? » Grâce à Jean-Laurent Vonau, président de la commission Culture, patrimoine et mémoire du conseil général du Bas-Rhin, l’Alsace sait « dire merci » , désormais, quelque 70 ans plus tard, à ceux qui ont aidé des Malgré-nous, lors de la Seconde Guerre mondiale. L’élu a convaincu au printemps son président, puis ceux du Département du Haut-Rhin et de la Région Alsace ; ensemble, ils ont créé un « diplôme de reconnaissance ».

    « Dire merci… »

    Illustré par les dessins des cathédrales de Strasbourg et de Metz, ce document est destiné, explique le texte qui y figure, à exprimer la « gratitude » de ces régions à ceux qui « ont porté aide et assistance à des Alsaciens et des Mosellans victimes du nazisme ». La signature du président (Kennel, Buttner ou Richert) varie selon le fait que le Malgré-nous était bas-rhinois, haut-rhinois ou à cheval sur les deux départements… Les huit premières remises de diplômes ont eu lieu le 27 juillet dernier à Bretteville-sur-Ay (Manche), sous l’égide de l’association Solidarité normande aux incorporés de force alsaciens-mosellans (Snifam), créée par Jean Bézard ( L’Alsace du 7 avril 2013).

    Ce dernier effectue actuellement un travail colossal pour exhumer, et faire connaître, les cas d’entraide entre Normands et Malgré nous. Il a déjà recensé une centaine de cas de désertions (les intéressés parlaient plutôt d’éva-sions…) sur le front de Norman-die, le plus souvent avec l’aide de la population locale. Et dans ce secteur à cette époque, il s’agissait d’abord d’Alsaciens, membres de la classe 26, versée dans la division Waffen SS « Das Reich ».

    Bientôt une médaille ?

    La cérémonie a eu lieu en marge d’un salon du livre, après une causerie-débat assurée par André Hugel, de Riquewihr. Sur les huit récipiendaires, quatre (Roger Hébert, Michel Lermaquier, Gérard Collette et Maurice Orvain) étaient des acteurs directs de ces évasions.

    C’est le travail de mémoire de la Snifam qui a incité Jean-Laurent Vonau à imaginer ce diplôme. « En aidant des incorporés de force à déserter, on leur a souvent sauvé la vie , rappelle l’élu, par ailleurs passionné d’histoire. Et ces personnes l’ont fait au péril de leur propre vie… Car alors, aider des Malgré-nous était non seulement très mal vu côté allemand, évidemment, mais ça pouvait aussi leur valoir des hostilités côté français : ces Alsaciens portaient l’uniforme SS et tout le monde ne comprenait pas toujours très bien ce qu’était l’incorporation de force… »

    Par le biais de la Snifam, des diplômes devraient être ainsi décernés régulièrement, à ces « sauveurs » et à leurs descendants. La Moselle va être associée à l’initiative. On pourra aussi, évidemment, élargir ces remises aux faits de solidarité qui se sont déroulés ailleurs qu’en Normandie. Enfin, Jean-Laurent Vonau imagine volontiers compléter prochainement le diplôme par une médaille.

    le 08/08/2013 à 05:05 Hervé de Chalendar


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    Les Malgré-elles, reconnues à travers une exposition au Mémorial de Schirmeck

    le 02/06/2013 à 05:00 Textes : Yolande Baldeweck Photos : Jean-Marc Loos Vu 177 fois
     
    Des images souriantes, souvent trompeuses, à but de propagande.

    Des images souriantes, souvent trompeuses, à but de propagande.

    Les femmes ont longtemps été les oubliées du drame de l’incorporation de force. Une exposition au Mémorial d’Alsace-Moselle leur rend un juste hommage.

     

    « Si 2012 a été l’année des hommes, avec la célébration du 70e anniversaire du décret sur l’incorporation de force dans l’armée allemande, 2013 sera l’année des femmes » , a relevé le président du Syndicat mixte du Mémorial d’Alsace-Moselle, Alain Ferry. L’ancien député s’est souvenu des multiples interventions des parlementaires alsaciens pour que justice leur soit rendue. Pour Germaine Rohrbach, présidente de l’Association RAD-KHD (lire ci-contre), ce fut le combat de sa vie…

    Germaine, dont la ténacité a été saluée par le président du conseil régional, Philippe Richert, était présente lors de l’ouverture de cette exposition qui vise à faire connaître le sort « des oubliées parmi les oubliés ». D’autres de ses compagnes d’infortune étaient venues à Schirmeck, curieuses de retrouver les traces de cet enrôlement, vécu pendant leur jeunesse. Bien « malgré-elles » , pour reprendre l’expression de Nina Barbier, auteure de l’ouvrage et réalisatrice du documentaire du même nom. Cette fille d’une incorporée de force dans le RAD-KHD a été co-scénariste aussi du film de fiction, qui a fait découvrir le drame des Alsaciennes au public français.

    1 500 documents

    Enfin, Nina Barbier est à l’origine, avec Liliane Hoffmann, de l’exposition du Mémorial de Schirmeck. C’était un projet qui tenait aussi à cœur à son équipe, Barbara Hesse, la directrice, et Sabine Bierry, chargée de communication. Elles espèrent toucher les familles à travers des animations spécifiques, cet été.

    « À la suite de l’accord de 2008, sur l’indemnisation des RAD et KHD, nous avons rassemblé 1 500 documents originaux, dont de nombreuses photos et documents administra-tifs pour rendre hommage à ces femmes restées silencieuses. Le choix n’était pas facile » , explique la commissaire de l’exposition, Liliane Hoffmann.

    De nombreuses images de propagande – souvent idylliques – rappellent d’emblée la place de la femme dans l’idéologie nazie. À 14 ans, les filles intégraient le Bund Deutscher Mädel – branche féminine des Jeunesses hitlériennes. Endoctrinement et éducation ménagère allaient de pair. À 17 ans, elles intégraient le RAD, service de travail du Reich. « Pour les Alsaciennes et les Mosellanes, il y avait aussi l’objectif de les mettre au pas, de les germaniser et de les nazifier » , souligne Liliane Hoffmann. Et d’observer qu’ « au moment de l’incorporation dans le RAD, elles se réconfortaient par la camaraderie, y compris avec des filles allemandes ». Isolées ou en minorité dans les groupes, logées souvent dans des camps, les Alsaciennes portaient l’uniforme comme les Allemandes et devaient prêter serment sur le drapeau nazi. Leurs journées étaient rythmées par un emploi du temps strict.

    Comme un album photo

    Mais le pire était à venir, avec le KHD, le Kriegshilfsdienst. Auxiliaires de guerre, elles ont été versées dans la défense passive, les usines d’armement, les hôpitaux ou les transports urbains. Certaines se sont retrouvées – selon leur niveau d’études et leur connaissance de l’allemand – au service de la Wehrmacht, dans la défense aérienne, voire la Kriegsmarine. Toutes ont en mémoire la peur des bombardements alliés. « On ignore toujours combien d’Alsaciennes ont été tuées lors des attaques aériennes » , déplore Liliane Hoffmann qui en appelle aux familles…

    Pour prendre en compte les deux versants de l’histoire, RAD et KHD, la scénographie de la rétro-spective s’organise autour d’un faisceau de lignes qui convergent et amènent le visiteur au centre du hall. Une table multimédia précise le contexte historique.

    Pour la scénographe Cécile Huet (01 Studio), l’exposition – qui est avant tout visuelle, avec des effets sonores – se présente comme « un grand album photo dont les pages se tournent une à une ». Il s’agit d’abord d’un hommage aux Malgré-elles. Mais cette plongée dans l’Histoire vise aussi les jeunes générations qui découvriront ce que leurs grands-mères ne leur ont peut-être jamais raconté. L’occasion de nouer un dialogue. « Redde mr devun ! »

    Y ALLER Exposition (gratuite) jusqu’au 30 décembre, tous les jours de 10 h à 18 h, dans le hall du Mémorial de l’Alsace-Moselle.


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    Droit de suite Malgré-nous inconnu : l’enquête se poursuit

    La Mulhousienne Jacqueline Roth : le cas de l’Alsacien inconnu lui évoque un certain Guy Hartmann… Photo Dom Poirier

    La Mulhousienne Jacqueline Roth : le cas de l’Alsacien inconnu lui évoque un certain Guy Hartmann… Photo Dom Poirier

    L’énigme du Malgré-nous inconnu de Normandie n’a pas encore été résolue. Mais certains souvenirs remontent à la surface…

     « Dès que j’ai lu l’article, ça m’a sauté aux yeux ! J’ai tout de suite pensé à lui… » La Mulhousienne Jacqueline Roth, née Brandt, a eu un flash : le Malgré-nous inconnu, celui dont on a évoqué le mystère entourant la tombe normande dans L’Alsace du 6 avril, ce pourrait être, croit-elle, un certain Guy Hartmann.

    « Une famille aisée »

    « Je l’ai connu en 1941, à Mulhouse , raconte-t-elle. Nos familles nous donnaient à tous les deux des cours clandestins, hors du système scolaire nazi. Je suis de 1925 et j’ai l’impression qu’il était un peu plus jeune que moi. On aurait dit qu’il sortait juste de l’enfance. C’était un beau garçon, avec les cheveux blonds… » Ce Guy était issu « d’une famille d’industriels du textile originaire de la vallée de Munster. C’était une famille francophile et aisée. Son père avait un bon poste à la SACM. »

    Si Jacqueline Roth a fait le rapprochement avec l’inconnu de l’article, c’est qu’elle a appris que cet ancien camarade est lui aussi mort en juin 1944 en Normandie, « à l’arrière de la côte. Et je pense que ses parents auraient pu lui offrir cette tombe, tout en gardant une certaine discrétion… »

    Par ailleurs, suggère la Mulhousienne, il ne faudrait pas chercher avec son seul prénom, car « à l’époque, les prénoms français étaient germanisés. Ainsi, mon frère Alain était rebaptisé Heinrich, car son deuxième prénom était Henri… »

    Une femme sur la tombe

    Rien ne permet de dire pour l’instant que l’intuition de Jacqueline est la bonne. La base officielle du ministère de la Défense et des Anciens combattants – qui recense l’ensemble des victimes ayant obtenu la mention « Mort pour la France » – contient un seul Hartmann déclaré décédé en Normandie. Il se trouve que celui-ci prénomme effectivement Guy… Mais ce Guy Jean Pierre est né en 1924 à Strasbourg et est décédé le 7 août 1944 à Hamars, dans le Calvados, à 170 km à l’ouest de Breteuil, où se trouve la tombe du Malgré-nous inconnu.

    À Breteuil même, les anciens combattants qui mènent l’enquête ont recueilli quelques bribes d’informations supplémentaires depuis la parution de l’article. Une dame du village – d’origine alsacienne ! – leur a confié que ce Malgré-nous servait d’interprète, qu’elle l’avait vu emmené par un peloton en armes à travers le village, juste avant sans doute qu’on ne l’exécute. Être interprète permettait d’entrer en contact avec la population… et encourageait donc les projets de désertion. Peu après la guerre, on aurait vu, toujours selon cette dame, une femme venir déposer le crucifix qui figure encore sur la tombe. La suite au prochain épisode…


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    D/ Ballersdorf

    Le village de Ballersdorf s’est souvenu hier, exactement 70 ans après le drame, de ses jeunes réfractaires qui ont été fusillés par les nazis après avoir échoué à gagner la Suisse. Pour la première fois, une délégation allemande était de la cérémonie.Les enfants du village ont déposé une rose à l’appel de chaque nom devant plus de 500 personnes et un détachement du régiment de marche du Tchad.  Photos DNA – Nicolas Lehr

     Par ses rues pavoisées, la commune de Ballersdorf a redonné de la couleur a sa mémoire, comme un éclat d’une histoire régionale à laquelle le XXe siècle a plus que tout autre infligé ses profondes et douloureuses meurtrissures. Les guerres, ce sont d’abord des kyrielles de drames, des bombes dont la fragmentation ravage chacun en son for intérieur. Il y a 70 ans, le 17 février, Ballersdorf n’a pas entendu les détonations, mais plusieurs de ses enfants sont tombés sous les balles d’un peloton d’exécution dans la froideur du Struthof. Hier, en un dimanche au ciel bas, des centaines de personnes, élus ou anonymes, représentants de corps constitués ou de sociétés patriotiques, hommes et femmes venus témoigner de cette communauté de destin, ont été là. Concernés, tout simplement, par une de ces atrocités que le temps n’altère pas, lorsque des jeunes pleins de vie sont broyés par la folie.

    Nous devons maintenir nos consciences pour fortifier notre engagement pour la paix

    À Ballersdorf, ce furent donc ces dix-huit garçons qui voulurent, comme d’autres les jours précédents, échapper à l’incorporation de force dans la nuit du 12 au 13 février (DNA de mardi) mais durent renoncer, sur le chemin de la Suisse, face aux gardes-frontières allemands. L’un d’eux parvint à s’échapper –lui seul survivra–, trois autres tombèrent immédiatement alors que les autres se décidèrent à rebrousser chemin et regagner leur foyer… où ils seront arrêtés dès le lendemain pour être fusillés le 17 février. Leurs familles seront déportées dans la foulée.

    Leur souvenir, leur ombre, planait au-dessus des têtes et dans les cœurs hier. Mais la réconciliation, avec le temps, a trouvé à y germer pourtant. Pas d’évidence non, mais néanmoins, comme des racines plongent peu à peu à travers des strates d’incompréhension et de haine pour fleurir timidement, comme des larmes perlent sur les joues. C’était le cas en ce dimanche matin, dans un élan d’émotion que le protocole a contenu, mais pas étouffé, laissant la place à un symbole qui les vaut tous : la présence d’une délégation allemande à la cérémonie.

    Et parce que la cérémonie débutait par une messe et que cette messe marquait elle-même le commencement du carême, le curé Raymond Ruhlmann et Monseigneur Vincent Dollmann ont trouvé des mots sonnant particulièrement juste et forts, parlant de pardon et de salut, d’efforts, de mise à l’épreuve. « Nous devons maintenir nos consciences pour fortifier notre engagement pour la paix. » Et ne « pas se résigner », mot qui en valait cent autres en cette commémoration. Ne pas se résigner face au poids de l’histoire, ne pas se résigner par naïveté non plus.

    Il n’y eut pas de grandes effusions, mais des sourires, des rires parfois, des poignées de main amicale et des échanges. C’est beaucoup alors que pendant si longtemps, le drame des fusillés de Ballersdorf a retenu en la soudant, dans ce village, toute relation au voisin européen. Alors, les fleurs déposées ont eu un parfum plus fort avec, et chacun évidemment en tirera les conclusions qu’il veut, un rayon de soleil perçant à travers les nuages juste à ce moment-là. Un signe céleste, un hasard du vent qu’importe : à cet instant précis, la cérémonie a rayonné davantage encore que les cuivres de la musique municipale, vibré plus que les chants de la chorale Sainte-Cécile.

    Sans que rien ne soit oublié. En rappelant si besoin que la mémoire et son devoir ne sont pas une entrave, mais un tuteur.

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    Ballersdorf Karin Schäfer, Burgermeisterin de Rohrenfels-Ballerdorf-Wagenhofen

     

    Non renseignée

    Elle a, selon son homologue alsacien Bernard Boloronus, spontanément proposé de participer à la commémoration. Elle est venue avec son adjoint Michael Pallmann et une délégation de quatre sapeurs-pompiers volontaires de son agglomération bavaroise, située à environ 100 km au nord de Munich. Burgermeisterin de la « communauté de communes » Rohrenfels-Ballersdorf-Wagenhofen avec laquelle le Ballersdorf sundgauvien entretient des liens d’amitié, Karin Schäfer ne cachait pas son émotion hier. « Je ne peux pas me représenter ce que cela a dû être, c’est difficile à dire. Mais aujourd’hui est un grand jour, un pas en avant. C’était important pour nous d’être là. La paix est fragile, nous devons la savourer et nous obstiner à la construire en renforçant nos liens d’amitié. »

    Ils ont dit…

    Bernard Boloronus , maire de Ballersdorf. « Il faut saluer le courage des réfractaires ainsi que des familles qui, bien que ...


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  • Histoire Il y a 70 ans, les 17 de Ballersdorf payaient de leur vie le refus du nazisme

    le 10/02/2013 à 05:00 par Textes : Hervé de Chalendar Photos : Thierry Gachon

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    Jeannette Brunnengreber montrant une photo de son frère Camille ; il portait alors l’uniforme   de l’armée française et avait une vingtaine d’années. Il est mort une dizaine d’années plus tard,  le 17 février 1943, fusillé au Struthof parce qu’il n’avait pas voulu porter l’uniforme allemand.

    Jeannette Brunnengreber montrant une photo de son frère Camille ; il portait alors l’uniforme de l’armée française et avait une vingtaine d’années. Il est mort une dizaine d’années plus tard, le 17 février 1943, fusillé au Struthof parce qu’il n’avait pas voulu porter l’uniforme allemand.

    En février 1943, le drame de Ballersdorf fut l’illustration la plus terrible des risques encourus par les Alsaciens qui ont tenté d’échapper à l’incorporation de force. 17 jeunes y ont laissé la vie et leurs familles ont été déportées. Jeannette, 87 ans, se souvient.

     

    Son prénom de baptême est Marie-Jeanne, mais tout le monde l’appelle Jeannette. Elle porte joliment ses 87 ans ; si « les jambes ont un peu de mal », la tête est en pleine forme. Jeannette Brunnengreber habite sur l’artère principale de Ballersdorf (la rue André-Malraux), entre la mairie et l’église. Si elle rouvrait les volets de l’épicerie que sa mère et elle ont tenue jusqu’en 1991, elle verrait l’imposant monument aux morts sur lequel est gravé le nom de son frère, Camille Abt. Le premier, par ordre alphabétique, des 17 victimes du drame de Ballersdorf.

    Les faits ont eu lieu il y a tout juste 70 ans. En février 1943, par vagues successives, des Sundgauviens ont tenté collectivement de rejoindre la Suisse pour échapper à l’incorporation de force dans l’armée nazie. En quelques jours, entre les 7 et 11 février, plusieurs groupes réussissent à passer : une vingtaine de personnes, puis environ 180, puis environ 80… Les Allemands sont sur les dents, quand, le 12, vient le tour des jeunes de Ballersdorf… Et cette fois, la tentative échoue : les jeunes sont surpris ; trois sont tués dans la nuit, les autres sont fusillés quelques jours plus tard (lire le récit ci-dessous). Pour l’exemple…

    « Ça fait du mal quand ça remue », confie Jeannette au moment d’évoquer une nouvelle fois ce qu’elle appelle pudiquement « ce triste épisode de ma jeunesse ». Elle le fait pourtant, dans la stube que chauffe un poêle efficace, avec un sourire et une gentillesse sans failles.

    Jeannette était alors une jeune fille de 17 ans (elle est née le 3 avril 1925). Les dates des diverses évasions varient beaucoup selon les sources. Mais elle en est certaine : la nuit fatale de Ballersdorf fut celle séparant le vendredi 12 du samedi 13 février 1943. « Camille avait 31 ans. C’était un des plus âgée du groupe. Il nous avait prévenus de sa tentative, on en parlait beaucoup. Mon père avait combattu en 14 dans l’armée allemande et il ne l’a pas dissuadé de partir… Juste avant le départ, en soirée, il est allé rejoindre le groupe parce que Camille avait oublié quelque chose. Mon frère était gentil, doux, obéissant… À l’époque, nous n’étions pas des wackes !

    J’ai le souvenir d’une nuit pluvieuse, avec du vent. Je trouvais qu’il y avait plus de voitures que d’habitude dans la rue, ce n’était pas normal… Tôt le samedi matin, on a vu Camille revenir. On était étonnés. Il a dit : ‘‘Ça n’a pas marché, il y a eu des morts.’’ Mon père lui a conseillé de prendre ses habits de tous les jours et d’aller fourrager les bêtes, comme si de rien n’était… Mais dès 8 h, des militaires allemands, en uniformes verts, sont venus le chercher.

    Le dimanche fut très dur… Le village était bouclé par la Gestapo. À la sortie de la messe, les visages étaient blêmes. Le lundi 15, on a ouvert l’épicerie et, vers 9 h, les Allemands sont revenus. Ils nous ont dit qu’il fallait être prêts, papa, maman et moi, pour 11 h à la mairie, avec un petit bagage. On a juste pris un peu de linge. On n’avait même pas de valises, on a tout mis dans trois cartons. On a été emmenés au camp de Schirmeck avec les familles des jeunes concernés. Nous y sommes restés jusqu’au 25 mars 43. Quand on a vu ces gens habillés d’une triste façon, ces femmes aux crânes rasés, on a pris peur… On logeait dans des baraques, hommes et femmes séparés. Je dormais avec une copine de Ballersdorf pour avoir moins froid. Mais on avait de la chance : on n’était pas de corvée de lessive.

    On a appris l’exécution de Camille par un journal qu’on nous a fait passer. On n’a jamais récupéré son corps : ses cendres sont dans une fosse au Struthof.

    Ma mère et moi avons retrouvé mon père au moment du départ pour l’Allemagne. Ils nous ont affectés tous les trois dans une fabrique d’uniformes, dans le village de Feldrennach. Je cousais à la machine et mon père repassait des montagnes de pantalons, dix heures par jour. On logeait dans une pièce à côté de l’atelier. Ça a duré jusqu’en avril 45. L’Allemand qui dirigeait les lieux était plutôt gentil. Tous n’étaient pas des nazis… Il y en a un qui laissait mon père traire ses vaches en cachette, maman planquait le lait sous sa robe. Un jour, on a vu arriver nos meubles de Ballersdorf, comme si on ne devait plus jamais rentrer chez nous, en Alsace. Mais mon père était persuadé que l’Allemagne perdrait la guerre. Il écoutait la BBC en cachette, il était culotté !

    Et le retour à Ballersdorf a bien eu lieu : c’était le 4 mai 1945. Juste avant, on était passés par un centre de tri, à Strasbourg, où on a rencontré des personnes rentrant des camps : un spectacle indescriptible… Notre maison était occupée par des voisins : la leur avait brûlé. Mon père est rentré un mois plus tard, avec les meubles. Il a retrouvé un petit bocal en verre qu’il avait enterré, avec de l’argent. Mais ces billets ne valaient plus grand-chose… On a remis doucement en route le magasin. Après la guerre, des gens disaient qu’il y avait de la haine au village ; je n’ai pas eu cette impression, mais j’étais jeune… Et puis j’ai toujours dit comme beaucoup de gens : il faut pardonner… »

    le 10/02/2013 à 05:00 par Textes : Hervé de Chalendar Photos : Thierry Gachon


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  • Le drame est presque méconnu. Pourtant, selon les chiffres officiels, il a concerné 17 000 Alsaciens et 10 000 Mosellans qui, entre 1942 et 1944, furent internés par les nazis dans des camps spéciaux pour cause « d’attitude anti-allemande ». La plus importante vague de déportations intervint en février 1943. DNA du 3 février 2013

    Allez sur la page des DNA « la-memoire-oubliee-des-familles-deplacees »

    Histoire : Seconde Guerre mondiale,
    La mémoire oubliée des « familles déplacées »

    Sur cette photo fournie par André Goepfert, qui fut lui-même déporté, figurent plusieurs familles sundgauviennes déportées dans le camp de Grosshennersdorf en Saxe.  Document remis

    Sur cette photo fournie par André Goepfert, qui fut lui-même déporté, figurent plusieurs familles sundgauviennes déportées dans le camp de Grosshennersdorf en Saxe. Document remis

    Le drame est presque méconnu. Pourtant, selon les chiffres officiels, il a concerné 17 000 Alsaciens et 10 000 Mosellans qui, entre 1942 et 1944, furent internés par les nazis dans des camps spéciaux pour cause « d’attitude anti-allemande ». La plus importante vague de déportations intervint en février 1943.

    « Ils nous ont donné trente minutes pour préparer nos affaires ». Jules Schneider, d’Oltingue, a 12 ans en cette fin du mois de février 1943 quand les policiers allemands toquent à la porte de sa maison. Théo Gesser, lui, a 11 ans. « On vivait à dix-neuf dans une seule pièce », raconte cet habitant de Roppentzwiller. À 12 ans, Georges Sengelin, d’Hirsingue, doit lui aussi partir avec ses parents et sa sœur.

    Le tort de ces trois enfants : avoir un ou plusieurs frères qui ont fui en Suisse pour se soustraire à l’incorporation de force dans la Wehrmacht.

    Le Gauleiter Wagner avait décrété collectivement responsables tous les membres de la famille d’un fugitif

    Comme eux, ils furent des milliers à subir ce sort. Déplacées de force en Allemagne, dans des « camps d’internement spéciaux », des familles entières durent ainsi payer leur « attitude anti-allemande » (selon le terme utilisé par les autorités nazies). Le plus souvent en raison d’un fils réfractaire à l’incorporation de force, mais parfois aussi au simple motif d’avoir parlé le français. Ces camps de travail se trouvaient le plus souvent en Silésie, une région germanophone située à la frontière germano-polonaise, mais aussi en Saxe ou encore dans le Bade-Wurtemberg – bien que les autorités nazies n’aient pas privilégié, à l’époque, cette destination, la jugeant trop proche de l’Alsace. Là, ces gens travaillaient de force, le plus souvent dans des usines d’armement.

    Ces déplacements de populations se pratiquèrent durant toute la guerre. Mais ils connurent un pic en février 1943. En effet, ce mois-là débuta en masse l’incorporation de force des Alsaciens-Mosellans dans l’armée allemande. Les nazis entendaient ainsi punir les familles de ceux qui tentaient d’y échapper. Le sinistre Gauleiter d’Alsace, Robert Wagner, avait décrété collectivement responsables tous les membres de la famille d’un fugitif.

    Le Sundgau très touché

    Le phénomène concerna toute l’Alsace et la Moselle. Mais il fut particulièrement violent dans le Sundgau. Et pour cause : cette région du sud de l’Alsace bénéficie d’une frontière naturelle avec la Suisse, le Jura alsacien, zone de moyenne montagne difficile à surveiller. Les évasions vers les terres helvétiques y furent donc nombreuses.

    Dans la nuit du 11 au 12 février, près de 200 hommes se rassemblèrent dans une forêt du village de Riespach, la forêt de l’Espen, d’où ils prirent la fuite à pied en Suisse. Auparavant, plusieurs petits groupes d’une dizaine de jeunes gens avaient déjà effectué l’expédition. Pour stopper ces évasions, les nazis renforcèrent la surveillance de la frontière, ce qui aboutit au drame de Ballersdorf. Dans la nuit du 17 au 18 février, dix-huit conscrits de ce village tentèrent de passer la frontière, mais l’opération échoua. Dix-sept de ces dix-huit jeunes gens furent tués, pendant un échange de tirs lors de l’expédition pour trois d’entre eux, quelques jours plus tard au Struthof pour les autres.

    Une statistique de 1948

    Conformément aux instructions de Robert Wagner, la Gestapo pratiqua et accentua les représailles sur les familles des réfractaires, et en particulier ces « transplantations en Allemagne », telles que les qualifiait le Gauleiter.

    Combien de personnes exactement connurent ce terrible sort ? À la fin de la guerre, le gouvernement français tenta d’établir des listes de déplacés. Il s’appuya pour cela sur des documents de la Gestapo. Comme ce rapport de la terrible police politique nazie daté d’avril 1943, qui fait état de 10 097 Mosellans déplacés entre septembre 1942 et mars 1943. Paris adressa aussi aux mairies de la région des formulaires à remplir afin d’établir un recensement de ceux à qui, après moult hésitations, on accorda le titre de déporté politique. Un document gouvernemental daté de 1948 recense ainsi officiellement 17 000 Alsaciens et 10 000 Mosellans internés en camps spéciaux en Allemagne. Ceux qui en firent alors la demande reçurent une carte de couleur orange leur octroyant un statut officiel. Ces familles se regroupèrent dans une association, la PRO-FNDIRP ou « Patriotes résistants à l’occupation – Fédération nationale des déportés, internés, résistants et patriotes ».

    Pour autant, ces chiffres de 10 000 Mosellans et 17 000 Alsaciens sont-ils exacts ? « Je ne le crois pas. Il y en a eu beaucoup plus », assure aujourd’hui Jules Schneider, responsable de la section sundgauvienne de la PRO-FNDIRP qui a décidé d’établir un recensement de toutes ces familles déplacées.

    Ce qui fait douter Jules Schneider, ce sont les statistiques concernant le Sundgau. « Il est question de 500 familles et 4 000 personnes. Or, nous disposons d’un document précis pour l’unique canton d’Altkirch. On y dénombre 2 260 déportés. En comparaison, si le seul canton d’Altkirch a « fourni » 2 260 personnes déplacées, il est mathématiquement impossible que seulement 4 000 Sundgauviens aient fait le voyage forcé vers l’Allemagne. Les cantons de Ferrette et d’Hirsingue, proches de la frontière helvétique, ont vu de nombreux jeunes hommes fuir en Suisse ».

    Jules Schneider s’appuie aussi sur certains témoignages. Comme celui de Théo Gesser, de Roppentzwiller, qui se souvient parfaitement avoir côtoyé des gens de Bendorf dans un camp de Saxe où lui-même se trouvait. Or, le village de Bendorf ne compte officiellement aucune famille déplacée.

    Entre 400 et 500 survivants

    « Sans doute que certaines communes n’ont jamais rempli le formulaire adressé par Paris après la guerre. De la même façon, certains déportés ne se sont jamais fait connaître », explique Jules Schneider. Aussi, aujourd’hui, à plus de 80 ans, il espère encore trouver l’énergie pour réaliser ce travail de recensement. « Il faut qu’il reste une trace écrite de ces déportations pour qu’on n’oublie jamais », conclut-il. « Il est minuit moins cinq. Si nous ne le faisons pas maintenant, plus personne ne le fera ».

    Selon ce Sundgauvien, il resterait, dans le Haut-Rhin, entre 400 et 500 personnes qui partagent cette dramatique histoire.


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  • Riespach Les 70 ans de l’Espenkolonne La mémoire vive
    DNA du 2 février 2013

    Allez sur la page des DNA « la-memoire-vive »

    La mémoire viveLa mémoire vive
     
    Albert Dattler de Feldbach reçut son ordre d’incorporation dans la Wehrmacht le 12 février 1943. Il ne le saura que plus tard. La veille au soir, il avait pris la route de la Suisse avec 182 jeunes compagnons au sein de l’Espenkolonne. Témoignage.

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  • << Lien vers le journal >>

    Le monument aux morts de Ballersdorf, où sont gravés les noms des réfractaires.

     Le monument aux morts de Ballersdorf,   où sont gravés les noms des réfractaires.

    Le vendredi 12 février 1943 en soirée, 18 jeunes adultes se donnent rendez-vous à la sortie de Ballersdorf. Ils ont une vingtaine de kilomètres à parcourir avant la Terre promise…

    Il est environ 22 h, le 12, quand un groupe se réunit au lieudit Zigeneurloch, à la sortie de Ballersdorf. Ils sont 18, âgés de 17 à 33 ans. Treize sont issus de Ballersdorf et cinq d’autres communes : Dannemarie, Retzwiller, Elbach et Aspach (voir la liste ci-contre, à droite). Ils ont attendu le dernier moment pour s’inscrire en mairie ; s’ils ne partent pas maintenant en Suisse, ils partiront en Allemagne… Ils sont armés de mousquetons, de revolvers et de gourdins. En passant par les champs, en contournant les villages, la frontière est à plus de 25 km au sud.

    « Maintenant, rendez-vous ! »

    « Il ne fait pas froid, mais il y a du vent, et parfois de la brume », racontera l’unique survivant, René Grienenberger, futur maire de Ballersdorf, dans un témoignage publié en 1994 dans le bulletin Histoire du Groupe mobile d’Alsace. Sans guide ni passeur – c’est devenu trop risqué –, les jeunes gens, en file indienne, silencieux, se repèrent en suivant la ligne de chemin de fer Dannemarie-Pfetterhouse. Vers minuit trente, ils arrivent vers Seppois-le-Bas. Reste une dizaine de kilomètres à parcourir. Mais voici, près de la voie ferrée, à hauteur du pont allant vers Bisel, que surgit le moment redouté…

    « So jetzt ergebt euch ! » L’ordre (« Maintenant, rendez-vous ! ») a retenti dans la nuit. Un ou plusieurs jeunes répliquent en criant « Haut les mains ! », et des coups de feu éclatent. Les réfractaires s’enfuient… mais Aimé Burgy est tué et Charles Wiest (celui de 29 ans : il y a deux homonymes dans le groupe) est grièvement blessé ; Ernest Wiest vient à son secours : les deux sont exécutés par un garde-frontière. L’altercation fait aussi une victime côté allemand : Erich Hohenstein, blessé gravement, décède le lendemain.

    René Grienenberger est à l’écart du groupe quand celui-ci est surpris. Il erre plusieurs jours dans les environs, quémandant l’hospitalité de fermiers (Aloïse Berger, puis Émile Kohler) qui prennent de grands risques pour le cacher. Il réussit à passer en Suisse le 8 mai suivant, en montant dans un train de marchandises en gare de Saint-Louis.

    Les 14 autres sont rentrés chez eux avant le petit matin. « Une erreur fatale !, juge avec le recul Jean-Pierre Spenlé, président des Anciens du Groupe mobile d’Alsace (GMA) qui avait lui-même passé la frontière suisse un an plus tôt. Ils se sont affolés. S’ils avaient eu un chef, ils seraient restés cachés et auraient retenté leur chance, comme l’a fait Grienenberger. »

    « Une erreur fatale ! »

    Aux premières heures du samedi, les 14 sont arrêtés dans leurs villages. Ils sont emmenés en prison à Strasbourg, tandis que leurs parents prendront dès le lundi le chemin de la déportation (lire ci-dessus). Un « tribunal du peuple » est convoqué. « Le Gauleiter Wagner a interdit aux avocats de plaider le fait qu’ils étaient Français, raconte Jean-Pierre Spenlé. Et on leur a dit qu’ils seraient condamnés à mort pour l’exemple, mais qu’il y aurait un recours en grâce auprès du Führer… »

    Ils sont bien condamnés à la peine capitale le 16 février, mais conduit dès le 17 dans la carrière du Struthof – sauf Charles Muller, exécuté quelques jours plus tard. « Ils ont été fusillés torses nus, par groupes de quatre : ils ont eu le temps de voir les autres mourir, poursuit Jean-Pierre Spenlé. Il paraît que quand un père a appris, à Schirmeck, la mort de son fils, il a eu ce mot : ‘‘Je préfère le savoir mort que sous l’uniforme allemand !’’ »


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  • Riespach Deux réfractaires de la «Espenkolonne» du 7 février 1943 témoignent

    le 05/02/2013 à 05:00 par Luc Stemmelin

     

    Deux réfractaires de la «Espenkolonne» du 7 février 1943 témoignent

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    Il y a 70 ans, 183 jeunes gens originaires des villages aux alentours de Riespach quittaient leurs familles pour se réfugier en Suisse et se soustraire à l’enrôlement de force dans la Wehrmacht ou le travail obligatoire en Allemagne. Retour sur une histoire encore méconnue.


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  • malgre nous lettres

     


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  • Recensement Les 27 000 Alsaciens et Mosellans oubliés de la Seconde Guerre mondiale

    le 10/02/2013 à 05:00 par L.B.

     Les 27 000 Alsaciens et Mosellans oubliés de la Seconde Guerre mondiale

    Les 27 000 Alsaciens et Mosellans oubliés de la Seconde Guerre mondiale

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    Sous la houlette du président de la section locale d’Altkirch, Jules Schneider, la Fédération nationale des internés, résistants et patriotes, patriotes résistants à l’Occupation (FNDIRP PRO) engage des recherches de recensement de toutes les personnes déportées en Allemagne dès 1943, réponse de l’Allemagne nazie à la fuite des appelés alsacien à l’enrôlement de force.


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  • Après avoir assisté à la cérémonie des 70 ans du Débarquement, à Ouistreham, les Malgré-Nous se sont recueillis samedi sur la stèle de l’un des leurs : l’« Alsacien inconnu » de Breteuil-sur-Iton (Eure).

    Sur la tombe d'un Malgré-nous inconnu

     

    « Le climat breton a débordé chez nous ! » , sourit Philippe Tisserant, secrétaire d’une association locale d’anciens combattants. La veille, vendredi 6 juin, il faisait grand beau sur la plage d’Ouistreham, où était organisée la cérémonie internationale du 70e anniversaire du Débarquement. Mais ce samedi matin, à Breteuil-sur-Iton (Eure), 130 kilomètres à l’intérieur des côtes, au cœur des terres normandes, il fait frais et humide. Ce temps correspond au moment. Nous sommes dans le cimetière communal et le ciel pleure un mort parmi tant d’autres : un Malgré-Nous anonyme qui est en train de devenir le « soldat inconnu » de l’incorporation de force, le symbole à la fois concret et abstrait de toutes ses victimes.

    « J’aurais pu être tué »

    Sa tombe est adossée à une haie. Sur la stèle de pierre s’efface lentement cette inscription : « Ici repose un Alsacien inconnu fusillé par les Allemands en juin 1944 ». Philippe Tisserant et ses amis anciens combattants du secteur, tels Pierre Osty et Claude Lemonchois, se sont promis de redonner un nom, et par ce fait l’hommage qu’il mérite, à ce sans doute jeune soldat, sans doute fusillé parce qu’il a tenté de déserter l’armée allemande dans les soubresauts qui ont suivi le 6 juin 44 (notre édition du 6 avril 2013).

    Leurs recherches ont été relayées en Alsace par Gérard Michel, président de l’association des Orphelins de pères Malgré-Nous d’Alsace-Moselle (OPMNAM), qui a alerté la presse. C’est cette même OPMNAM qui a organisé le déplacement de quatre Malgré-Nous alsaciens aux cérémonies d’Ouistreham (notre édition de samedi).

    Autour de cette tombe, ce samedi 7 juin, vers 11 h, un attroupement d’une quinzaine de personnes est en train de se former. Sont là les anciens combattants normands, des habitants du village, des journalistes… Sont là encore des représentants de l’association Solidarité normande aux incorporés de force alsaciens-mosellans (Snifam), en particulier Jean Bézard, son fondateur et animateur, et Serge Vuillemey, lieutenant-colonel de gendarmerie à la retraite ; l’action de ce duo a été décisive pour que les Malgré-Nous soient invités à Ouistreham, et ainsi reconnus, au même titre que tous les autres vétérans. Sont là enfin les Alsaciens… Trois des quatre Malgré-Nous sont encore de ce déplacement : Maurice Stotz, René Gall (88 ans chacun) et Armand Klein (90 ans).

    « Vous leur rendez l’honneur »

    Peu importent les kilomètres et la fatigue supplémentaires : il leur fallait venir ici en pèlerinage, saluer ce camarade dont ils ne savent rien, mais qui leur ressemble tant. « J’aurais pu être tué, moi aussi, quatre ou cinq fois ! , assure le Mulhousien Maurice Stotz, qui a réussi sa désertion de la Waffen SS près de Rouen, dans les semaines qui ont suivi le Débarquement (voir leurs parcours ci-dessous). Mais j’ai toujours pu me sauver de mes malheurs grâce à une chance inouïe… »

    Le soleil chasse la pluie quand débute le temps de recueillement. Des fleurs sont déposées sur la tombe par les Alsaciens puis les Normands, unis dans la même fraternité qui avait poussé, il y a 70 ans, malgré tous les risques, les seconds à aider les premiers. « Comment ne pas souligner la grandeur d’âme des gens de votre région ? » , demande Gérard Michel, dans un discours souvent interrompu par l’émotion. Ce fils de Malgré-Nous s’adresse particulièrement à Jean Bézard et à sa compagne, Nicole : « Vous avez révélé la vérité sur nos pères, vous leur rendez l’honneur… »

    Les recherches menées par la Snifam ne cessent de montrer à quel point les Normands ont aidé les Alsaciens il y a 70 ans. Et on ne cesse de constater à quel point ces Normands continuent, aujourd’hui, à soutenir, et comprendre, les Alsaciens. Le ruban entourant la gerbe offerte par l’OPMNAM et l’ADEIF (Association des déserteurs, évadés et incorporés de force), déposée sur la tombe du Malgré-Nous inconnu de Breteuil, porte ces mots : « L’Alsace reconnaissante à la Normandie ».


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