• Le mystère de Xavier Kopp, Malgré-Nous, évadé puis tué par un soldat américain

    Niederhergheim Le mystère de Xavier Kopp, Malgré-nous, évadé puis tué par un soldat américain

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    Incorporé de force en 1942, Xavier Kopp, un enfant de Niederhergheim, s’évade de son unité à la faveur d’une permission en Alsace, juste avant les combats de la Poche de Colmar. Deux jours après la libération, il est tué par un soldat américain. Sa dépouille n’a jamais été retrouvée.

    Par Nicolas ROQUEJEOFFRE 
    Le nom de Xavier Kopp est inscrit sur la tombe du caveau familial mais sa dépouille ne s’y trouve pas.  Photo DNA / Nicolas Pinot
     
    Le nom de Xavier Kopp est inscrit sur la tombe du caveau familial mais sa dépouille ne s’y trouve pas. Photo DNA / Nicolas Pinot
    affaire xavier kopp
     

    Les dossiers compliqués ne font pas peur à Claude Herold. Ce Turckheimois, spécialisé dans la recherche de sépultures d’incorporés de force (il a, à ce jour, pu retrouver le lieu d’inhumation de plusieurs centaines d’Alsaciens enrôlés dans l’armée allemande), enquête depuis trois ans sur le cas de Xavier Kopp. Originaire de Niederhergheim, cet homme, né en 1922, était le fils du forgeron du village, Joseph, et de Frédérique Weck, originaire de Gueberschwihr. Le couple a eu huit enfants dont quatre garçons. Seul Xavier a été happé par l’armée d’occupation. Chez les Kopp, on n’aimait pas trop les Allemands. Le cœur battait français, surtout depuis la nazification de la région.

    Déporté car il avait fait la forte tête

    Xavier était une forte tête. Dans l’un de ses ouvrages (*), l’historien Nicolas Mengus relate l’opposition de plusieurs jeunes du village, tous nés en 1922, qui ne veulent pas rejoindre l’armée allemande. Nous sommes fin 1942, peu de temps après la promulgation du décret du Gauleiter Wagner instaurant l’incorporation de force. « Lors du passage au conseil de révision pour la Wehrmacht, [Xavier Kopp] refuse, avec sept camarades, de signer son Wehrpass (livret militaire). La sanction tombe aussitôt : c’est la déportation au camp de Schirmeck. Mais cela n’est qu’un contretemps avant l’incorporation ».

     
    Xavier Kopp, avant l’incorporation de force.   Photo DR

    Du 19 septembre au 2 octobre, Xavier Kopp est donc interné dans le camp de sécurité bas-rhinois, puis rejoint les rangs de la Wehrmacht. On ne sait rien de son périple, de l’unité dans laquelle il a été versé. Comme beaucoup, il a sûrement dû rejoindre un régiment qui bataillait sur le front russe. Sans certitude.

    De retour en Alsace en septembre 1944

    En obtenant de précieux documents de la division « archives » des victimes des conflits contemporains, branche du service historique des armées située à Caen, Claude Herold apprend cependant que Xavier Kopp est retourné en Alsace en septembre ‘44 à la faveur d’une permission. Il décide de ne pas rejoindre son régiment et se réfugie dans le village natal de sa mère. Dans un précieux témoignage manuscrit datant de 1947, Joseph Kopp confirme en effet que son fils a réussi à déserter et « se serait caché à Gueberschwihr puis à Colmar ».

    Janvier ‘45, la Poche de Colmar s’est formée depuis le début de l’hiver et les Allemands fortifient ce bout de terre qu’ils considèrent comme partie intégrante du Reich. Les forces alliées lancent l’offensive fin janvier. Grussenheim, Jebsheim, Widensolen, les villages de la plaine sont libérés à la suite de terribles combats, quelquefois au corps à corps. Le 2 février, Colmar sort les bannières tricolores après l’arrivée des blindés du général Schlesser. Des tireurs embusqués font toutefois mouche. Le bataillon de choc et le 1er régiment de chasseurs parachutistes sont chargés de nettoyer la ville.

    « Abattu à coups de fusil »

    Le 4 février, Xavier Kopp sort de sa cachette. « Dans l’allégresse générale qui suivit la libération de Colmar, mon fils eut l’imprudence de s’aventurer dans la rue habillé moitié civil, moitié militaire allemand, écrit Joseph Kopp en 1947 dans une lettre adressée au ministère des Anciens combattants. Il fut saisi par les troupes américaines et fusillé ». Fusillé, vraiment ? Un autre témoignage diffère. Il provient d’Irma Spadacini et Paul Jung, qui vivaient rue du Chêne à Colmar et ont été témoins de la scène. Ils attestent, dans un document datant du 19 août 1947, « avoir été en compagnie » de Xavier Kopp ce 4 février ‘45 « lorsque celui-ci fut abattu à coups de fusil par un soldat américain » rue du Bouleau, dans le quartier de la Soie.

    Selon Laurent Kloepfer, bénévole au musée des combats de la Poche de Colmar, il est fort probable que l’Américain a pris Xavier Kopp pour un Allemand avec son bas de treillis de la Wehrmacht. « Il est mort bêtement », ajoute son père, Jean-Paul, dont la maison est mitoyenne de celle où vivaient les Kopp. Plus aucun descendant de cette famille ne vit à Niederhergheim. Le doyen du village, Henri, se souvient du père, Joseph, « un homme peu bavard ». « Jamais il ne parlait de la mort de son fils ».

    Jean-Claude Kloepfer devant l’ancienne maison des Kopp à Niederhergheim et l’ancienne forge.   Photo DNA /Nicolas Pinot

    En 1957, reconnu « mort pour la France »

    Comble de malheur pour les Kopp, en plus de perdre leur fils deux jours après la libération, ils n’ont pas pu faire leur deuil car la dépouille de Xavier Kopp n’a pu être récupérée par la famille. En août 1947, Joseph indique bien, dans une demande d’établissement d’un acte de décès pour son fils, que son corps « amené à une destination inconnue, n’a pu être retrouvé jusqu’à ce jour ». L’acte de décès est enregistré en février 1948.

    Le 2 décembre 1957, l’incorporé de force est reconnu « mort pour la France » après une enquête de moralité menée par la préfecture. Dans une lettre adressée au ministre des Anciens combattants, le représentant de l’Etat spécifie que le « comportement national » de Xavier Kopp et de sa famille « a été sans reproche ». Le nom de Xavier Kopp figure sur le monument aux morts de la commune. Il est aussi gravé sur la pierre tombale du caveau familial où reposent ses parents. Mais le corps ?

    Après vérification, la mairie de Niederhergheim indique ne détenir aucun document relatif à une inhumation du jeune Kopp dans le caveau familial. Contacté par l’office national des anciens combattants du Haut-Rhin, le pôle des sépultures de guerre à Metz a cherché à localiser la sépulture perpétuelle de Xavier Kopp, sans succès.

    Le mystère demeure

    Laurent Kloepfer et Claude Herold avancent une hypothèse. Le corps aurait pu être inhumé dans un cimetière provisoire qui avait été aménagé à l’angle des rues du Ladhof et du Pigeon, non loin du quartier de la Soie, lors des combats de la Poche de Colmar. Ce que confirme Marie-Joseph Bopp dans son ouvrage Ma ville à l’heure nazie (la Nuée Bleue). « Les enterrements ne purent plus se faire au cimetière exposé au feu de l’artillerie américaine, relate-t-il. Les cercueils étaient provisoirement enterrés dans le parc du monument aux morts » du Ladhof.

    Après-guerre, ces cercueils ont sûrement été exhumés pour être enterrés au Ladhof ou dans des cimetières militaires. Or, là encore, aucune trace de Xavier Kopp à Colmar ou à la nécropole allemande de Bergheim où se trouve, précise Jean-Paul Kloepfer, « une centaine de tombes portant mention « soldat inconnu » ». Le mystère demeure donc, au grand dam de Claude Herold qui a décidé de poursuivre ses recherches. L’homme n’est pas du genre à lâcher prise.

    (*) Les Malgré-Nous , de Nicolas Mengus (édition ouest France, 2019).

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