• Journal L'Alsace :

    Alsaciens et Mosellans portés disparus : la quête du Turckheimois Claude Herold

    Les descendants de quelque 16 000 Alsaciens et Mosellans, morts durant la dernière guerre, ne connaissent pas le lieu d’inhumation de ces incorporés de force. Claude Herold se charge de trouver ces sépultures, souvent avec succès.

     
     
     
     

    Dans son étroit bureau, Claude Herold navigue sans peine. Des dizaines de classeurs peuplent ses étagères qui couvrent un mur entier. Il met peu de temps à chercher le dossier de tel ou tel incorporé de force porté disparu. C’est son domaine les Malgré-nous dont on n’a jamais retrouvé le corps. Selon des documents de la Croix-Rouge allemande, il y aurait 1,3 million de soldats de la Wehrmacht disparus dont 16 000 Alsaciens et Mosellans sur quelque 30 400 victimes (*).

    La Croix-Rouge a réalisé, après-guerre, des listes exhaustives dans lesquelles on trouve le régiment du militaire, son nom et prénom, sa date de naissance, le dernier lieu où il a été aperçu et, souvent, sa photo. Claude Herold s’est servi de cette masse d’informations pour extraire les données des 16 000 Alsaciens et Mosellans.

     

    Des centaines de dossiers élucidés

    Mais il ne se contente pas de les répertorier. Il enquête. Généralement à la demande des familles qui souhaitent identifier le lieu de sépulture de leur ancêtre. « Ce sont des petits-enfants, quelquefois des arrière-petits-enfants, des neveux qui nous contactent », confirme le sexagénaire qui réside à Turckheim. Le « nous » comprend d’autres passionnés de cette histoire bien particulière comme Patrick Kautzmann ou encore Nicolas Mengus, créateur d’un site spécialisé sur l’incorporation de force qui joue les intermédiaires entre les familles et Claude Herold.

    Des centaines de cas ont pu être élucidées grâce à la ténacité de l’Alsacien qui a su se constituer des réseaux efficaces, notamment en Allemagne. Pour arriver à ses fins, il jongle avec les dossiers du bureau des archives militaires à Caen et avec ceux de la Deutsche Dienststelle (la Wast, désormais Bundesarchiv).

    Mort en Normandie… et en Russie !

    Récemment encore, il a pu définir le lieu d’inhumation (un cimetière de Pilsen en République Tchèque) d’Yvonne Keil, une Alsacienne qui effectuait son RAD (Reichsarbeitsdienst) près de Munich et qui, grièvement blessée à la suite du mitraillage d’un train au bord duquel elle circulait, est décédée dans un hôpital tchécoslovaque en juin 1945.

    Il tombe quelquefois sur des dossiers particulièrement étonnants. Comme celui de François Schuster, né en 1926 à Hochfelden. Incorporé dans la Waffen SS, il combat au sein de la Das Reich. Or, selon les archives, il serait mort à la fois lors des combats contre l’armée Patton, hypothèse française, et lors d’une retraite sur le front de l’est selon les Allemands ! Qui dit vrai et où se trouve le corps ? L’enquête est en cours et Claude attend beaucoup d’un dossier que la Croix Rouge doit lui transmettre.

    Décédé à deux reprises

    Autre énigme, celle d’Albert Schrenck, qui serait mort à deux reprises selon les archives françaises. « C’est son neveu qui m’a demandé des informations. J’ai contacté Berlin qui m’a permis de résoudre cette histoire. Caen a en réalité mélangé deux dossiers : celui de l’Alsacien Schrenck et celui d’un Allemand appelé Eduard Schreck ! Ce dernier est mort dans les Vosges en octobre 44 et l’Alsacien est décédé en septembre 44 à Iwla, en Pologne. Aucune tombe n’est répertoriée à son nom ».

    Il y a aussi de belles histoires. « Pendant des décennies, la famille de Xavier Pfost a cru que le corps de ce jeune homme, mort durant une traversée entre Sébastopol et la Roumanie, avait été jeté dans la mer Noire, raconte Claude Herold. La veuve du défunt était encore vivante lorsque j’ai pu indiquer à sa fille, à l’origine de la demande de recherche, que son père avait été inhumé en Roumanie, dans un cimetière géré par le VDK [Volksbund Deutsche Kriegsgraberfursorge, l’organisme allemand en charge de l’entretien des tombes] ».

    Patrick Kautzmann devant la tombe de Xavier Pfost, retrouvée en Roumanie.   Photo DR

    Trois oncles disparus

    Le dossier de ses oncles, Ernest, Albert et René, lui tient évidemment plus particulièrement à cœur. D’ailleurs, c’est cette histoire familiale qui l’a poussé à se pencher sur le cas des portés disparus. René ne l’est plus, Claude ayant réussi à déterminer son lieu d’inhumation : un vaste espace mémoriel en Italie. L’enquête suit son cours pour les deux autres Malgré-nous. « Albert a disparu en Pologne en janvier 45 et Ernest est mort au combat dans un village au nord de Pleskau en septembre 1944 et laissé sur place par ses camarades qui ont battu en retraite ». Tenace, Claude Herold ne lâchera pas l’affaire.

    (*) Dans l’ouvrage « Les Malgré-nous », l’incorporation de force des Alsaciens-Mosellans dans l’armée allemande » (2019, édition Ouest France), l’auteur Nicolas Mengus rappelle ces chiffres : 142 500 incorporés de force dont 15 000 femmes. 30 400 morts ou portés disparus (chiffre actualisé grâce aux recherches en lien avec le projet avorté du « mur des noms » mais sûrement sous-estimé) et 30 000 blessés ou invalides.

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